19 avril 2007
Sarko sur un divan
N. Sarkozy confiait à Michel Onfray (blog - 3/04) qu'il n'avait "jamais rien entendu d’aussi absurde que la phrase de Socrate « Connais-toi toi-même »".
L'intéressé a reconnu un sentiment d'illégitimité :
"Je me suis souvent senti illégitime, pour des raisons que je ne m'explique pas, mais qui tiennent à mon histoire..."
Le Nouvel Observateur (19/04) a interrogé des psychanalystes, pour tenter d'expliquer la psychologie du candidat.
La fracture : le père absent, qui provoqua "l'humiliation sociale qu'engendre un divorce dans la bourgeoisie des années 1960", ce père play-boy, engagé dans la Légion étrangère (l'Autorité, la Force) puis publicitaire (la Communication).
La mère est le refuge : N. Sarkozy sera avocat "comme maman", deviendra maire (maire vs. mère) à Neuilly, où habite maman.
Claude Liaudet : "Sarkozy réalise la volonté de puissance de sa mère, d'où son rattachement à l'univers de la perversion. (..) Comme le «pervers» n'est jamais engagé affectivement vis-à-vis d'autrui, il lui sert exactement le plat qu'il attend. Avec une habileté totale"
Le terme "perversion" doit être pris au sens de "toute-puissance". Perversion qui permet toute transgression, comme le confiait N. Sarkozy à Michel Onfray (blog - 06/04):
"Je pense que l’on se construit en transgressant, qu’on crée en transgressant. Moi-même j’ai créé mon personnage en transgressant certaines règles de la pensée unique. Je crois en la transgression. Mais ce qui me différence des libertaires (dont j’avais pris soin de lui dire que c’était ma famille), c’est que pour transgresser il faut qu’il y ait des règles ! Il faut qu’il y ait de l’autorité, il faut qu’il y ait des lois. L’intérêt de la règle, de la limite, de la norme, c’est justement qu’elles permettent la transgression. Sans règles, pas de transgression. Donc pas de liberté. Car la liberté, c’est transgresser".
Pierre Winter : "De Gaulle était un homme de conviction. Sarkozy est un homme qui veut convaincre, c'est-à-dire qui cherche constamment à forcer le jugement d'autrui, et ça n'a rien à voir."
Anne Débarède : "Son apparente proximité avec la mort (..) , inconsciemment, fait peur aux gens chez lui, suggère Anne Débarède. Que ce soit à travers l'épisode «Human Bomb» lors de la prise d'otages de Neuilly, ou à travers son face-à-face voulu avec les casseurs, il y a chez lui une sorte de flirt permanent avec la mort violente."
Il me vient à l'esprit que le magazine Historia (avril 2007) qui avait demandé à Sarkozy de désigner le personnage historique qui l'inspire le plus.
Son choix s'est porté sur Georges Mandel, dont il a été le biographe :
"Georges Mandel, sans aucun doute (1885-1944). Ce politique passionné, devenu martyr par conviction, incarne pour moi la tradition républicaine et le refus de l'injustice. Journaliste de talent, il devient très jeune un proche collaborateur de Clemenceau. Fortifié par ses échecs électoraux, il est dans les années 1930 un ministre décidé, sachant trancher et réformer. Mais c'est surtout sa lutte héroïque contre l'extrémisme qui force le respect : convaincu dès 1933 du danger représenté par le nazisme, celui que Winston Churchill a dépeint comme « l'énergie et le défi personnifié » n'eut de cesse d'appeler à la vigilance et de préparer la France à l'affrontement. Ministre de l'Intérieur en juin 1940, il eut le courage de refuser la capitulation et de plaider pour la résistance. Lâchement abattu par des miliciens près de Fontainebleau le 7 juillet 1944, après avoir passé quatre années en détention ou en résidence surveillée, il devient le symbole de cette France généreuse et visionnaire que j'aime tant. Son courage, sa lucidité et sa détermination exceptionnelle ont profondément marqué ma vision de la politique."
A travers ce portrait qu'il nous brosse, c'est l'image de lui-même qu'il nous offre.
La fin de Georges Mandel est tragique. En sera-t-il de même pour Sarko ?
Sur l'affiche de Nicolas Sarkozy, à Maisons-Alfort (94).
Sarko et Ségo sont dans un bateau ...
Superbe lapsus commis par N. Sarkozy, mercredi 18 avril, sur France Inter. A la question «Est-ce que vous craignez qu’il y ait un rendez-vous manqué entre la France et cette campagne? Est-ce que vous avez l’impression que vous avez été au rendez-vous, que vous avez réussi à susciter le débat?», ce dernier répond :
"Hélène Jouan, ne me prêtez pas une telle fatitude".
"Fatitude" (dit à la place de "fatuité") renvoie au néologisme "bravitude" de S. Royal, terme qui a fait couler de l'encre bien inutilement.
En fin de campagne de 1er tour, Sarkozy subirait-il une "ségolénisation" ? Serait-il à ce point obsédé par S. Royal ?
Henri Weber, député européen et secrétaire national du PS, ne croît pas que la France ait basculé à droite ("Le fond de l'air est rose" - Libération - 17/04)
Il rappelle certains faits :
- les socialistes ont remporté les élections régionales (20 régions sur 22) et européennes (30 % des suffrages) en 2004
- la droite a perdu le référendum du 29 mai 2005
- 61 % des Français se prononcent contre le rétablissement de la peine de mort
- 66 % sont favorables au vote des étrangers non européens aux élections locales
- mobilisations contre la réforme Fillon sur les retraites (mai-juin 2003), contre la réforme de l'assurance maladie (juin 2004), contre le contrat première embauche (CPE, printemps 2006).
Libération (17/04) donne d'autres chiffres :
- 70 % des Français jugent que la présence de Le Pen au second tour serait mauvaise pour la démocratie
- 77 % des Français jugent que ce serait grave l'absence de S. Royal au 1er tour (ils sont 56% chez les sympathisants de droite !).
Le Point nous apprend aujourd'hui que la synthèse des enquêtes menées département par département par les préfets, remise hier soir au Président de la République, donne :
N. Sarkozy 25,7%
S. Royal 23,2%
F. Bayrou 16,5%
JM. Le Pen 16,4%.
Par ailleurs, les spots de campagne de S. Royal sont les plus regardés, à en croire le site "Vidéomètre d'e-Campagne" qui mesure l'audience des vidéos politiques sur Youtube et Dailymotion.
Même le vieux routard Alain Duhamel (pro-Bayrou) reconnaît quelques qualités au déroulement de la campagne de S. Royal (Libération - 18/04) :
Affichant de tranquilles certitudes morales, nimbée d'un voile de catholicisme bon genre, elle figure de mieux en mieux au fil des mois la correspondance française du blairisme. C'est bien senti, bien calculé, bien exécuté. Cela l'installe solidement aux confins de la social-démocratie et du centrisme. C'est malin, peut-être moderne, très Mitterrand 1988.
Concernant Sarkozy :
Il aurait pu exprimer ses choix avec modération, en nuances, façon Balladur. Il a préféré, pour attirer une fraction de l'électorat du FN mais aussi par tempérament personnel, aiguiser les angles, durcir les mots, provoquer, déranger, assumer, bousculer et contraindre, au risque de susciter un cartel des nons au sarkozysme. C'est un pari et un défi mais à coup sûr un tournant à droite.
Docteur Nicolas et Mister Sarkozy
La campagne de second tour a d’ores et déjà commencé (si Sarkozy est qualifié au 1er tour évidemment !).
Les passes d'armes se focaliseront essentiellement sur la nature anxiogène du candidat UMP, nature qu'il essaie péniblement de cacher.
Pour rappel :
- "Tu es un connard ! Un déloyal, un salaud ! Je vais te casser la gueule" lancé à Azouz Begag
- "Je vais tous les niquer ! Les niquer !" en parlant de ses adversaires (*)
- "On se retrouvera. On est pour moi ou contre moi !" à un industriel qui avait eu l'heur de déplaire (*)
- "On se souviendra de toi, on te cassera" au journaliste Joseph Macé-Scaron
- ses rapports houleux avec les médias
- son entrevue agitée avec le philosophe Michel Onfray.
Après Marianne, Charlie Hebdo sort un numéro spécial Sarko. A qui le tour ?
"J'ai changé !", a-t-il claironné sans cesse dans les médias. Libération (18/04) a constaté, au meeting de Metz, que le candidat UMP était toujours aussi agité :
Le doigt pointé vers le public, il donne tout sur scène, sautillant derrière son pupitre, martelant chacune de ses paroles par des gestes et remettant continuellement sa veste en place par des mouvements du cou ou des haussements d'épaules.
Conclusion de l'éditorialiste Renaud Dely :
L'énergie de Sarkozy fascine, sa frénésie inquiète. Il y a une dimension monarchique, apaisante, tutélaire dans la figure du chef de l'Etat que sa personnalité ne reflète pas encore. Mitterrand comme Chirac ont subi les mêmes reproches. Le premier fut haï comme un quasi-factieux prêt à fondre sur le sceptre chancelant du Général, le second fut longtemps considéré comme un dangereux agité. L'un comme l'autre ont accédé à la sagesse élyséenne. A la troisième tentative. Pour eux, la défaite eut une valeur curative.
Prémonitoire ?
(*) source : Marianne - 14/04
Sarko à juste titre !
La revue Livres Hebdo a demandé aux candidats à l'élection présidentielle quel était le dernier livre qui les avait marqués.
N. Sarkozy a choisi "Le dieu du carnage", de Yasmina Reza. Tout un programme !
Sarkozy a le sens de l'à-propos. Yasmina Reza est en train d'écrire un livre sur Sarkozy !
Michel Onfray notait sur son blog (06/04) :
Il embraye sur Yasmina Reza, raconte comme elle est venue le trouver pour écrire sur lui et suivre sa campagne. Comment il a donné son accord pourvu qu’elle ne pose aucune question. Confirmé qu’en cas d’accord, il lui laisserait libre accès à ses archives. « Si je gagne, ce sera le roman du couronnement, de l’apothéose. Si je perds, celui du tragique. Dans les deux cas, ça fait une histoire intéressante ».


